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Maladie professionnelle : Reconnaissance et traitement en paie

Tableaux des maladies professionnelles, procédure de reconnaissance, indemnisation... Le guide complet.

20 décembre 2025
13 min de lecture
Par Rose Yemeli
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Introduction : Qu'est-ce qu'une maladie professionnelle ?

La maladie professionnelle est une pathologie contractée par un salarié du fait de son exposition plus ou moins prolongée à un risque dans le cadre de son activité professionnelle. Contrairement à l'accident du travail, qui est un événement soudain et daté, la maladie professionnelle résulte souvent d'une exposition chronique. Sa reconnaissance ouvre droit à une prise en charge et une indemnisation spécifiques, avec des impacts directs sur la gestion de la paie et les obligations de l'employeur.

Définition légale : Est présumée d'origine professionnelle toute maladie désignée dans un des tableaux de maladies professionnelles et contractée dans les conditions mentionnées à ce tableau. (Article L. 461-1 du Code de la Sécurité sociale).

Cet article a pour but de démystifier le processus de reconnaissance et de détailler, étape par étape, le traitement en paie d'une maladie professionnelle, en intégrant les dernières mises à jour pour l'année 2026.

Section 1 : Le processus de reconnaissance de la maladie professionnelle

La reconnaissance d'une maladie comme étant d'origine professionnelle est une étape cruciale qui conditionne l'ensemble du traitement social et paie. Le processus est rigoureusement encadré.

1.1. Les deux systèmes de reconnaissance

Il existe deux voies principales pour faire reconnaître une maladie professionnelle :

  1. Le système des tableaux de maladies professionnelles : C'est la voie la plus courante. Si la maladie est inscrite dans l'un des tableaux annexés au Code de la Sécurité sociale, elle est présumée d'origine professionnelle si trois conditions sont remplies : la pathologie est bien celle décrite, le salarié a été exposé au risque visé par le tableau, et la maladie est apparue dans un délai défini (délai de prise en charge).
  2. Le système complémentaire (hors tableau) : Si une maladie ne remplit pas toutes les conditions d'un tableau ou n'y figure pas, elle peut être reconnue après avis d'un Comité Régional de Reconnaissance des Maladies Professionnelles (CRRMP). Il faudra alors prouver un lien direct et essentiel entre la maladie et le travail habituel du salarié.

Point de vigilance : La déclaration doit être faite par le salarié à sa Caisse Primaire d'Assurance Maladie (CPAM) dans un délai de 15 jours suivant la cessation du travail. L'employeur est ensuite informé par la CPAM et dispose d'un droit de réserve.

Section 2 : Les indemnités journalières (IJ) spécifiques

Une fois la maladie professionnelle reconnue, le salarié en arrêt de travail perçoit des indemnités journalières (IJ) versées par la Sécurité sociale. Leur calcul est plus favorable que pour une maladie non professionnelle.

2.1. Calcul des Indemnités Journalières de la Sécurité Sociale (IJSS)

Les IJSS sont calculées sur la base du salaire journalier de référence, qui correspond au dernier salaire brut perçu avant l'arrêt, divisé par 30,42.

Salaire Journalier de Référence (SJR) = Dernier salaire mensuel brut / 30,42

Le montant des IJSS évolue par palier :

  • Du 1er au 28ème jour d'arrêt : 60% du SJR.
  • À partir du 29ème jour d'arrêt : 80% du SJR.

Les IJSS sont plafonnées. Le gain journalier net ne peut dépasser un certain plafond (0,834% du Plafond Annuel de la Sécurité Sociale - PASS). Pour 2026, avec un PASS estimé à 46 368 €, le plafond journalier serait d'environ 386,71 € et l'IJ maximale d'environ 240,49 € (valeurs à confirmer par décret).

2.2. Le complément de salaire de l'employeur

L'employeur doit compléter les IJSS pour maintenir une partie du salaire, et ce, dès le premier jour d'arrêt, sans jour de carence. C'est une différence majeure avec la maladie simple.

Ancienneté du salarié Durée d'indemnisation à 90% Durée d'indemnisation à 66,66%
1 à 5 ans 30 jours 30 jours
6 à 10 ans 40 jours 40 jours
11 à 15 ans 50 jours 50 jours
16 à 20 ans 60 jours 60 jours

Note : Les conventions collectives peuvent prévoir des dispositions plus favorables.

Bonne pratique : Paramétrez votre logiciel de paie pour distinguer clairement l'absence "Maladie Professionnelle" de "Maladie". Cela automatisera la suppression du délai de carence et l'application des bons taux de maintien de salaire.

Section 3 : Traitement en paie et impacts sur le bulletin

La gestion de l'absence pour maladie professionnelle a des spécificités qu'il faut retranscrire correctement sur le bulletin de paie.

3.1. Exemple de calcul du maintien de salaire

Prenons un salarié avec 2 ans d'ancienneté, un salaire brut de 2 500 €, en arrêt pour maladie professionnelle pendant 35 jours.

  • Salaire journalier de référence (SJR) : 2 500 € / 30,42 = 82,18 €
  • IJSS (1er au 28ème jour) : 60% * 82,18 € = 49,31 €/jour
  • IJSS (29ème au 35ème jour) : 80% * 82,18 € = 65,74 €/jour

L'employeur doit maintenir 90% du brut pendant les 30 premiers jours. Le calcul du complément se fait en "brut abattu" (déduction des IJSS brutes).

Maintien employeur (brut) = (Salaire brut mensuel * % de maintien) - Montant des IJSS brutes perçues sur la période

3.2. Cotisations sociales

Les IJSS versées par la CPAM sont soumises à la CSG (6,2%) et à la CRDS (0,5%). Elles sont également soumises à l'impôt sur le revenu, sauf si la maladie professionnelle est une affection de longue durée (ALD).

Le complément de salaire versé par l'employeur reste un salaire et est donc soumis à l'ensemble des cotisations sociales habituelles.

Point de vigilance : En cas de subrogation, l'employeur perçoit directement les IJSS et les reverse au salarié. Il doit alors précompter la CSG/CRDS sur le bulletin de paie. Assurez-vous de bien distinguer la part nette des IJSS et le complément net versé.

Section 4 : La rente d'incapacité et le retour à l'emploi

À l'issue de la consolidation (stabilisation de l'état de santé), le salarié peut conserver des séquelles.

Si une incapacité permanente partielle (IPP) est constatée, le salarié peut percevoir :

  • Un capital : si le taux d'IPP est inférieur à 10%.
  • Une rente viagère : si le taux d'IPP est supérieur ou égal à 10%.

Cette rente n'est pas un salaire et n'apparaît pas sur le bulletin de paie. Elle est versée par la CPAM et est exonérée de CSG/CRDS et d'impôt sur le revenu.

Conseil d'expert : Le taux de cotisation AT/MP de l'entreprise est directement impacté par la reconnaissance de maladies professionnelles. Une politique de prévention active est le meilleur levier pour maîtriser ce coût sur le long terme.

Conclusion

Le traitement de la maladie professionnelle en paie est un exercice technique qui exige rigueur et connaissance des règles légales et conventionnelles. De la suppression du délai de carence au calcul du maintien de salaire, en passant par la gestion de la subrogation, chaque étape a son importance. Une gestion correcte est non seulement une obligation légale mais aussi un élément clé de la relation de confiance avec le salarié. La complexité du sujet justifie pleinement l'utilisation de logiciels de paie performants et une veille juridique constante pour rester à jour des évolutions, notamment celles du PASS et des plafonds d'indemnisation pour 2026.

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Rose Yemeli

Experte paie depuis 14 ans, formatrice et créatrice de SmartDataPay.

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