Cas Particuliers
Liquidation judiciaire : Guide complet du traitement en paie
Comment traiter la liquidation judiciaire en paie ? Licenciement économique collectif, solde de tout compte, DSN de fin de contrat (FCTU), garantie AGS et CSP. Guide pratique pour les gestionnaires de paie.
20 min de lecture
Liquidation judiciaire : Guide complet du traitement en paie
La liquidation judiciaire est la procédure collective la plus radicale : elle entraîne la cessation définitive de l'activité de l'entreprise et le licenciement de l'ensemble des salariés. Pour le gestionnaire de paie — qu'il intervienne en cabinet ou en tant que mandataire judiciaire — cette situation impose des obligations spécifiques en matière de licenciement économique, de solde de tout compte, de déclaration DSN et de signalement FCTU. Ce guide détaille l'ensemble des règles applicables et leur mise en œuvre concrète.
📌 Articulation avec le redressement judiciaire
La liquidation judiciaire intervient lorsque le redressement est manifestement impossible. Si vous gérez un dossier de redressement judiciaire , consultez notre guide dédié au traitement en paie du redressement judiciaire qui traite du fractionnement DSN, de la période d'observation et du maintien des contrats.
1. Cadre juridique de la liquidation judiciaire
La liquidation judiciaire est régie par les articles L640-1 à L644-6 du Code de commerce . Elle est prononcée par le tribunal de commerce (ou le tribunal judiciaire pour les professions libérales) lorsque l'entreprise est en cessation des paiements et que son redressement est manifestement impossible.
Le jugement d'ouverture produit plusieurs effets immédiats :
Arrêt de l'activité : sauf autorisation de maintien provisoire par le tribunal (3 mois maximum, renouvelable une fois)
Dessaisissement du dirigeant : le liquidateur judiciaire prend le contrôle de l'entreprise
Licenciement de tous les salariés : dans un délai de 15 jours suivant le jugement
Réalisation des actifs : vente des biens pour rembourser les créanciers
Désigné par le tribunal, il remplace le dirigeant pour toutes les opérations
Établit les bulletins, dépose les DSN, émet les FCTU, verse les salaires et reverse le PAS
Autorise les licenciements, vérifie le relevé de créances salariales
Élu par les salariés ou désigné par le CSE
Vérifie le relevé de créances salariales, exerce les fonctions du CSE si absent
Avance les créances salariales en cas d'insuffisance de trésorerie
Verse les salaires impayés, préavis, CP, indemnités de licenciement dans les limites des plafonds
1.3 Différences clés avec le redressement judiciaire
Cessation définitive et remboursement des créanciers
Maintenus pendant la période d'observation
Tous rompus (licenciement économique sous 15 jours)
Fractionnement 1/9 (employeur) et 9/9 (mandataire) sur le mois du jugement
Pas de fractionnement : le mandataire dépose seul la DSN
Administrateur judiciaire (assiste ou représente le dirigeant)
Liquidateur judiciaire (remplace totalement le dirigeant)
Période d'observation de 6 mois (renouvelable)
Pas de période d'observation (sauf maintien provisoire de 3 mois max)
2. Le licenciement économique en liquidation judiciaire
En liquidation judiciaire, le licenciement économique obéit à une procédure simplifiée prévue par l'article L.1233-58 du Code du travail . Le liquidateur doit notifier les licenciements dans un délai de 15 jours suivant le jugement de liquidation (ou la fin du maintien provisoire d'activité).
Information-consultation sur le projet de licenciement collectif. En l'absence de CSE, le représentant des salariés est consulté.
Notification du projet de licenciement collectif à la Direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités.
Obligatoire si moins de 10 salariés. Au-delà de 10, la consultation du CSE en tient lieu. Proposition du CSP lors de cet entretien.
Lettre recommandée avec AR. Motif : « licenciement pour motif économique consécutif à la liquidation judiciaire ».
Dans les 8 jours suivant l'envoi des lettres
Notification des licenciements effectués.
En liquidation judiciaire, il n'y a pas d'obligation de PSE (Plan de Sauvegarde de l'Emploi), même si l'entreprise compte plus de 50 salariés et que plus de 10 licenciements sont envisagés. Toutefois, le liquidateur doit vérifier si un reclassement est envisageable dans un autre établissement de l'entreprise ou dans une autre entreprise du groupe (art. L.1233-4 C. trav.).
2.2 Le Contrat de Sécurisation Professionnelle (CSP)
Le CSP doit être proposé à tous les salariés licenciés pour motif économique dans le cadre d'une liquidation judiciaire, quelle que soit la taille de l'entreprise (art. L.1233-65 et suivants du Code du travail). C'est une particularité des procédures collectives : même les entreprises de 1 000 salariés et plus doivent proposer le CSP.
Lors de l'entretien préalable ou lors de la dernière réunion du CSE
21 jours calendaires à compter de la remise du document
Rupture du contrat d'un commun accord à la date d'expiration du délai de réflexion. Le salarié bénéficie de l'ASP (75 % du salaire brut si ≥ 1 an d'ancienneté).
Les 3 premiers mois sont versés à France Travail. L'excédent éventuel est versé au salarié.
Le licenciement économique suit son cours normal avec préavis (si non dispensé).
3. Le solde de tout compte en liquidation judiciaire
Le liquidateur établit le dernier bulletin de paie qui comprend l'ensemble des éléments dus au salarié à la date de rupture du contrat. Ce bulletin est souvent le plus complexe car il cumule plusieurs types d'indemnités.
Durée légale ou conventionnelle × salaire de référence
Soumise à cotisations et PAS (caractère de salaire)
Jours acquis et non pris (méthode du 10e ou du maintien)
1/4 de mois par année (≤ 10 ans) + 1/3 de mois par année (> 10 ans)
Exonérée de cotisations et d'IR dans les limites légales (art. L.1234-9 C. trav.)
Indemnité conventionnelle de licenciement
Selon la convention collective applicable
Exonérée dans les mêmes limites que l'indemnité légale (le plus favorable s'applique)
10 % de la rémunération brute totale (ou 6 % si accord de branche)
📌 Cas particulier : ICP antérieures au jugement
Les indemnités compensatrices de congés payés (ICP) acquises avant la date du jugement sont des créances « anté-jugement » prises en charge par l'AGS. Elles doivent figurer sur le relevé de créances salariales. Si le mandataire ou l'AGS demande un bulletin dédié, il convient de créer un bulletin séparé pour ces ICP.
Le liquidateur doit remettre au salarié les documents suivants :
Certificat de travail : mentionnant les dates de début et de fin du contrat, la nature de l'emploi et la portabilité des garanties prévoyance/santé
Reçu pour solde de tout compte : détaillant l'ensemble des sommes versées
Attestation France Travail : générée automatiquement via le signalement FCTU en DSN
4. La garantie AGS en liquidation judiciaire
L'AGS (Association pour la Gestion du régime de garantie des créances des Salariés) intervient pour avancer les créances salariales lorsque l'entreprise ne dispose pas de la trésorerie suffisante. En liquidation judiciaire, l'AGS garantit :
Les salaires impayés (y compris les arriérés des 6 derniers mois avant le jugement)
L' indemnité compensatrice de congés payés
L' indemnité légale ou conventionnelle de licenciement
Les dommages-intérêts pour licenciement irrégulier (si alloués par le juge)
Les cotisations patronales et salariales afférentes aux créances garanties
Les plafonds de garantie sont calculés en fonction du PASS (Plafond Annuel de la Sécurité Sociale) , fixé à 48 060 € en 2026 (plafond mensuel : 4 005 €). Le plafond applicable dépend de l'ancienneté du salarié à la date d'ouverture de la procédure.
4 à 5 semaines après la date de liquidation judiciaire
8 à 10 semaines après la date de liquidation judiciaire
8 à 10 semaines après la date de liquidation judiciaire
Le liquidateur doit établir un relevé de créances salariales pour chaque salarié et le transmettre au CGEA (Centre de Gestion et d'Étude AGS) compétent. Ce relevé détaille l'ensemble des sommes dues : salaires, indemnités, congés payés. Le représentant des salariés vérifie ce relevé. Les salariés disposent d'un délai de 2 mois (à compter de la publication au BODACC) pour déclarer leurs créances.
Dès le prononcé de la liquidation judiciaire, c'est le mandataire judiciaire (liquidateur) qui dépose la DSN , et non plus l'entreprise. Le mandataire doit :
S'inscrire sur Net-Entreprises en qualité de tiers-déclarant (il ne doit pas utiliser les codes de connexion de l'entreprise)
Émettre un signalement SADV (Signalement Amorçage des Données Variables) de nature « 07 - Changement de tiers déclarant » pour récupérer l'historique des paies et des DSN antérieures
Récupérer les données identifiantes : BIS (Bilan d'Identification du Salarié), numéros de contrat, taux PAS, etc.
Déposer les DSN mensuelles pour chaque mois principal déclaré manquant
📌 Différence avec le redressement judiciaire
Contrairement au redressement judiciaire où la DSN est fractionnée entre l'employeur (fraction 1/9) et le mandataire (fraction 9/9) sur le mois du jugement, en liquidation judiciaire, le mandataire dépose seul la DSN sans fractionnement. Il n'y a pas de « fraction employeur » car l'activité cesse immédiatement.